Conseils · Enduits à la chaux

Enduit chaux ou ciment : que choisir pour une maison ancienne ?

Sur une maison ancienne en moellons, je recommande un enduit à la chaux : il laisse le mur sécher et se reprend à l’identique. Un enduit ciment enferme l’humidité dans la maçonnerie et finit par se décoller.

Mis à jour le · Valérian Sauvage

Maison bourgeoise, comble mansardé en ardoise, chaînes d’angle et encadrements en relief
Maison bourgeoise, comble mansardé en ardoise, chaînes d’angle et encadrements en relief

Sur un mur ancien en moellons, l’enduit doit laisser passer la vapeur d’eau : à la chaux ou au plâtre, jamais au ciment. La chaux laisse l’humidité du mur s’évaporer et accompagne ses légers mouvements ; le ciment enferme cette humidité dans la maçonnerie, et l’enduit finit par se décoller.

C’est aussi la position de la charte de ravalement de Saint-Maur-des-Fossés, rédigée par la Ville avec le CAUE 94, le conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement du Val-de-Marne. Voici pourquoi, et comment on monte un enduit à la chaux dans les règles de l’art. La vidéo interactive ci-dessous en donne l’essentiel en une minute.

Pourquoi un mur ancien doit-il respirer ?

Beaucoup de maisons anciennes sont bâties en moellons : des pierres de petite taille, calcaire ou meulière, montées au mortier de chaux ou de plâtre. Ces murs épais n’ont aucune barrière contre l’eau du sol : ils font « effet de mèche », dit la charte de Saint-Maur. L’eau du sol monte dans la maçonnerie : ce sont les remontées capillaires. Elle cherche ensuite à sortir par la façade pour s’évaporer.

En chemin, elle se charge des sels présents dans le sol et dans les murs, sulfates et nitrates. Quand l’eau s’évapore en surface, ces sels cristallisent et gonflent ; la charte parle de « salpêtres qui ont pour effet de pousser les revêtements de surface ». Un mur ancien reste sain tant que cette humidité peut s’évaporer. C’est ce qu’on appelle un mur qui respire : son enduit laisse passer la vapeur d’eau.

Que fait un enduit ciment sur un mur en moellons ?

Le ciment est dur et résistant. Mais, selon la charte de Saint-Maur, il ne possède « aucune des qualités de perméance ou de microporosité nécessaires » à ces murs. La perméance, c’est la capacité d’un matériau à laisser passer la vapeur d’eau.

Posé sur un mur en moellons, un enduit ciment a trois effets :

  • L’humidité reste piégée. « La présence d’un enduit ciment est un facteur aggravant : en effet, il interdit toute évaporation de cette humidité qui reste alors prisonnière de la paroi », écrit la charte.
  • L’enduit se décolle. Plus rigide que le mur, il ne suit pas ses mouvements et se fissure. L’eau entre par les fissures, puis reste bloquée derrière cette couche étanche : l’enduit sonne creux, puis se détache par plaques.
  • Le salpêtre gagne l’intérieur. Faute de pouvoir sortir par la façade, l’humidité passe côté pièces. La charte décrit les dégâts : peintures qui cloquent, papiers peints qui se décollent, condensation, moisissures, salpêtre.

La même charte proscrit sur ces maçonneries les enduits à base de liants hydrauliques, « type enduit ciment ou mortier bâtard » (un mélange de ciment et de chaux), qui s’opposent à la respiration des supports ; elle ne vise pas la chaux hydraulique naturelle, qu’elle recommande. Elle écarte aussi les revêtements d’imperméabilité classés I1 à I4, ces peintures épaisses, fibrées ou entoilées. Pour distinguer ce qui relève de l’enduit et ce qui relève de la structure, voyez l’article sur les fissures de façade.

Pourquoi la chaux convient-elle au bâti ancien ?

L’UDAP du Rhône est l’unité départementale de l’architecture et du patrimoine, où exercent les Architectes des Bâtiments de France. Sa fiche conseil résume les qualités de la chaux : « sa grande souplesse et ses caractéristiques très proches de celles de la pierre ». Concrètement :

  • Elle respire. Perméable à la vapeur d’eau, elle laisse sortir l’humidité du mur au lieu de la bloquer.
  • Elle est souple. Elle accompagne les légers mouvements d’une maçonnerie ancienne, là où un ciment rigide casse.
  • Elle se répare. Une zone abîmée se purge et se reprend avec un mortier de même nature, sans toucher au reste de la façade.

Il existe deux grandes familles. La chaux aérienne, issue d’un calcaire pur, durcit au contact de l’air. La chaux hydraulique naturelle fait rapidement sa prise à l’eau, puis plus lentement à l’air, précisent les annexes techniques de la charte de Saint-Maur.

Dans les deux cas, la chaux durcit en fixant le gaz carbonique de l’air : c’est la carbonatation. Elle se poursuit, note la fiche du Rhône, « de façon très significative dans les mois qui suivent » la pose.

À Saint-Maur, les maisons d’habitation anciennes étaient d’ailleurs le plus souvent enduites au plâtre gros, parfois mêlé de sable et de chaux. Sur ces maçonneries, la charte recommande « tous les enduits à base de plâtre gros, de chaux aérienne ou de chaux hydraulique naturelle ».

La meulière, un cas à part

Une façade en meulière apparente ne s’enduit pas : la charte de Saint-Maur demande que les moellons de meulière apparents restent apparents si leur état le permet. La meulière ne s’est d’ailleurs montrée en façade qu’à partir de la fin du XIXe siècle et jusqu’aux années 1930 ; avant, elle était enduite.

Autre nuance : les moellons de meulière sont montés au mortier de chaux et de sable, mais leurs joints ont été le plus souvent terminés au mortier hydraulique, ciment ou mortier bâtard. Sur une meulière apparente, la règle n’est donc pas de tout refaire à la chaux : la charte demande de refaire les joints dégradés « à l’identique de l’existant, avec ou sans décor de rocaille ».

La rocaille, ce sont de petits éclats de meulière, des cailloux, parfois des morceaux de céramique, de silex ou de coquillages, enchâssés à la surface des joints. Le mortier qui les tient est souvent un mortier de chaux coloré ton brique, grâce à un agrégat de terre cuite. La question de la chaux se pose donc surtout pour ces rocailles et pour les murs en moellons destinés à être enduits. La page façade en meulière détaille ce travail.

Comment se monte un système d’enduit à la chaux ?

Un enduit à la chaux se monte en couches successives, chacune avec son rôle. Une règle les guide, rappelée par la charte de Saint-Maur : appliquer « un produit toujours plus souple que ce support ».

  1. La préparation. On purge ce qui n’adhère plus et on humidifie le support : un mur trop sec boit l’eau du mortier, et l’enduit risque de faïencer, c’est-à-dire de se couvrir d’un réseau de fines fissures. L’épaisseur à reprendre s’établit à la visite technique, par sondage.
  2. La couche d’accroche, ou gobetis : la plus fluide, elle sert à accrocher l’enduit sur son support.
  3. Le corps d’enduit : il donne à l’enduit son épaisseur.
  4. La finition teintée dans la masse : elle donne son aspect définitif à l’enduit. Des pigments minéraux, en faible proportion, sont mêlés au mortier, ce que la charte de Saint-Maur admet ; la teinte se choisit sur nuancier et son code est inscrit au devis.
  5. Le badigeon : un lait de chaux passé en surface, qui confère à l’enduit, selon la charte, une résistance mécanique superficielle.

Quelques règles de métier complètent ce système :

  • on ne peint pas un enduit à la chaux teinté dans la masse : sa couleur est dans le mortier ;
  • un enduit fin à la chaux KEIM (Turado), utilisé pour les modénatures, c’est-à-dire les moulures, bandeaux et encadrements, demande au moins cinq jours de carbonatation avant d’être peint ;
  • la carbonatation immobilise l’échafaudage, et le planning en tient compte ;
  • les joints silicone se purgent entièrement avant tout enduit.

Et si la façade est déjà enduite au ciment ?

C’est fréquent : beaucoup de maisons anciennes ont été réenduites au ciment ou au mortier bâtard lors d’un ravalement précédent, et la charte de Saint-Maur y consacre une fiche. Si l’enduit ciment est très dégradé, elle préconise de le piocher entièrement, en conservant ou en reconstituant les modénatures, puis de refaire un enduit à base de chaux, ou de plâtre et chaux.

S’il est peu dégradé, on peut le conserver sous une finition adaptée : un micromortier à la chaux sur trame en fibre de verre, ou une peinture minérale au silicate. La charte ajoute qu’il est « toujours préférable d’envisager leur suppression éventuelle ». C’est à la visite, par sondage, que je vois dans quel cas se trouve votre façade.

Et aux abords d’un monument historique ?

Aux abords d’un monument historique, les travaux qui modifient l’aspect extérieur d’une maison sont soumis à l’accord de l’Architecte des Bâtiments de France, qui peut l’assortir de prescriptions. En pratique, les systèmes à la chaux y sont imposés et les mortiers ciment-résine proscrits. Les démarches sont expliquées dans l’article sur la déclaration préalable et l’accord de l’ABF.

Pour aller plus loin sur la matière et le geste, la page consacrée aux enduits et badigeons à la chaux présente ce savoir-faire.

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